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Entretien avec Antoine de Macedo, Paris   29-07-2009

Antoine de Macedo est l'un des rares horlogers spécialisé dans la vente montres de collection. Didier Gottardini l'a interviewé dans sa boutique de la rue Madame...

Portrait-horloger_Antoine-de-Macedo


Vous, votre passion du métier, votre rôle précis :

 Argus des Montres :  Que doit être pour vous un “ Expert en Horlogerie “ ?  Quelles sont ses compétences & ses limites ? 

Antoine de Macedo Pour être un bon expert il faut avoir un œil exercé à voir des montres, une bonne culture générale et des années de métier. Egalement il est préférable d’avoir un vrai regard d’horloger, c'est-à-dire qu’il faut vérifier systématiquement les pièces qui vous sont présentées. Chez nous on ouvre toutes montres  sur place à l’atelier afin de contrôler les pièces de la montre, le calibre, les aiguilles, le cadran….afin de se faire une idée sur les origines de la montre. On a toujours un premier sentiment sur la pièce et il faut toujours suivre son instinct pour avoir la certitude que la pièce est bonne. Il ya une certaine cohérence esthétique, et les copies n’ont généralement pas la même patine que les vraies.

Malgré tout, nul n’est à l’abri d’une tromperie car il existe des restaurations volontaires et des montres maquillées, aussi je souhaite préciser que je suis plus un spécialiste qu’un expert.

Argus des Montres : Quelles sont les étapes ? Quelles connaissances faut-il avoir ? 

Antoine de Macedo : Les étapes se résument au nombre d’années d’expérience, il faut voir des montres tous les jours pour commencer à devenir un spécialiste.

Pour ma part, je pense qu’il vaut mieux être horloger à la base car on a un regard pratique et non théorique. On peut mieux apprécier l’état d’usure réelle de la montre et établir sa vraie valeur.        

Argus des Montres : Quel est le positionnement de votre boutique  ?  Quelles pièces pouvez-vous restaurer ?  Est-ce un plus d’être horloger dans le business de la montre de collection & d’occasion ?  

Antoine de Macedo : Notre positionnement est celui d’une boutique de montres de collection, qui restaure et révise toutes les pièces anciennes mises en vente. Nous ne vendons pas uniquement une expertise, nous vendons un savoir faire et notre expérience dans le métier.

On ne peut pas tout restaurer, pour nous, faire de l’exceptionnel avec du moyen, ce n’est pas possible ! Nos montres sont scrupuleusement vérifiées, contrôlées, révisées et garanties un an, nous assurons le suivi de celles-ci et nous nous donnons une "garantie morale" sur nos pièces.                                                                                                                                  

Aussi, c’est donc un plus d’être horloger dans ce métier car nos conseils sont réellement en rapport avec le produit proposé. Cette particularité est étonnamment une exception dans ce milieu !    

portrait-horloger-Antoine-de-Macedo2 


Les marques en général & le marché :

Argus des Montres : Quelles sont les  marques qui innovent aujourd'hui ? Que trouvez-vous  innovant en matière d’horlogerie ? 

Antoine de Macedo : On va d’une manière générale vers une horlogerie très " High Tech" avec des nouveaux matériaux, c’est en quelque sorte un nouvel âge d’or  (…) il faut voir sur la durée si des innovations comme les roues en silicium seront réellement une véritable avancée dans l’horlogerie.

On a l’impression de faire un parcours identique à celui du XVIIIème siècle, à l’époque du renouveau de l’horlogerie moderne, c’est la course à la précision. C’est un peu utopique car une montre mécanique ne sera jamais aussi précise qu’une montre à quartz ! J’aime mieux que l’on me parle de quête de belle facture car l’horlogerie mécanique a un sens artistique et pérenne, mais ne doit pas être basée que sur la précision absolue.     

L’innovation ne me préoccupe pas réellement en matière d’horlogerie.

Argus des Montres : Quels sont les modèles qui vous ont marqué cette année ? Et pourquoi ? 

Antoine de Macedo : La Grande REVERSO complication à triptyque…  de JAEGER LECOULTRE avec toutes ses complications c’est résolument une pièce exceptionnelle, car c’est un véritable défi technique.

J’aime également beaucoup les montres astronomiques avec les phases de  la lune et les équations du temps, il ya une varie poésie entre le temps vrai et le temps terrestre. La montre de GIRARD PERREGAUX présentée à Genève au SIHH 2009 avec l’équation du temps est un parfait exemple de ce j’aime : sobriété et poésie.                                                                                                                                       

Argus des Montres : Sur quels  salons professionnels allez-vous ? Quels sont selon vous les rendez-vous “immanquables “ ? 

Antoine de Macedo : En dehors des salons de Genève (le SIHH) et Bâle, je ne fréquente pas trop les salons à l’instar de mes confrères. 
Mes montres sont souvent des montres que je connais déjà ou que j’ai déjà vendues, elles ont chez nous plusieurs vies, nos clients reviennent après plusieurs années pour vendre certaines de leurs pièces pour upgrader leur collection, je ne vais donc pas dans des bourses professionnelles.

Les immanquables sont donc pour moi le SIHH et le salon international de l’horlogerie à Bâle.    

Argus des Montres : Avez-vous accès à des collections privées ? Quelles sont leur particularité ? 

Antoine de Macedo : J’ai effectivement accès à des clients qui ont de très belles collections… Chacun de ces collectionneurs est unique dans sa démarche de collection. Il ya celui qui collectionne les petites montres, les montres asymétriques, les montres du même marque. Leurs particularités sont donc liées directement à la personnalité du collectionneur.

Argus des Montres : Quelle est la demande du marché des ventes aux enchères ? Montres Bracelets ? Montres de poche ? Pendulettes ?

Antoine de Macedo : La demande est essentiellement basée sur la montre bracelet. On tend aujourd’hui d’une manière générale à un retour à la qualité et on trouve de très bon rapport qualité/prix sur les montres bracelets, montres de poches, et pendulettes.

 

Parlons maintenant de pièces de collection …

Argus des Montres : D’où vient votre passion pour les pièces rares ? 

Antoine de Macedo : Ma passion vient de mon goût pour les belles choses, ce qui me guide dans ce métier c’est l’émotion.                                                                                                                

Argus des Montres : Est-ce d’après vous un bon investissement dans l’avenir, une valeur refuge en période de crise boursière ?

Antoine de Macedo : Je n’aime pas la notion d’investissement en matière de montres de collection, on s’achète une montre parce qu’elle nous plait et qu’elle nous procure du plaisir et de l’émotin. On a vu effectivement les dernières années des acheteurs qui n’avaient pas d’attirance particulière pour l’horlogerie acheter des montres avec un comportement spéculateur, une montre de collection n’est pas une assurance vie !    
 
Pour certains l’horlogerie est devenue effectivement une valeur refuge pendant cette crise boursière.

Argus des Montres : Est-ce  la nouvelle tendance «vintage» ? Quelle est la mode actuellement selon vous ? 

Antoine de Macedo : La tendance n’est pas vraiment au vintage, la nouvelle génération aime bien le moderne et les matériaux high tech...... 
On voit un léger retour sur les montres années 60 avec des diamètres plus petits.
Mais d'une manière générale la demande reste très focalisée sur la marque ROLEX.
  

Argus des Montres : Qu'est ce qui aujourd'hui fait la valeur d'une montre de collection ? L’histoire de celle-ci ?  Sa rareté ?

Antoine de Macedo : C’est un mix d’histoire et de rareté, mais c’est surtout son état qui prime. 
 
Votre rapport personnel aux montres : 

Argus des Montres : Quel est votre plus beau souvenir, votre plus belle anecdote horlogère ?

Antoine de Macedo : C’est un chronographe GÜBELIN de forme carré en or blanc et également un Chronographe UNIVERSAL GENEVE réalisé pour HERMES.                                                                                                                                  

Argus des Montres : Quel est votre rêve horloger ?  Une montre que vous auriez aimé avoir réalisée ?

Antoine de Macedo : Créer ma propre montre. J’aimerais créer ma propre montre qui serait le reflet de ma sensibilité.

J’aurais aimé créer des montres comme celles de F.P. JOURNE qui sont des pièces d’horlogerie avec un esprit du XVIIIème siècle dans des montres contemporaines, c’est synonyme de bon goût » « ou j’aurais aimé créer la Royal Oak de AUDEMARS PIGUET, c’est une vraie réussite en terme de nombre d’or et également la Nautilus de PATEK PHILIPPE qui est d’une grande perfection avec des formes idéales. 

Argus des Montres : Si vous deviez en garder une seule pour la vie ?

Antoine de Macedo : La montre que je porte qui est empreinte d’émotion et d’affectivité  parce qu’elle a appartenue à un de mes meilleurs amis.                                                                                                                             

Et enfin ...
Votre rapport au temps :

Argus des Montres : Etes vous à l’heure ? Et pensez-vous que c’est une vraie politesse ? 

Antoine de Macedo : Oui, j’essaye d’être à l’heure en général.

Etre à l’heure est une vrai politesse mais je reste malgré tout tolérant. Mon rapport au temps est plutôt rythmé par les saisons que les minutes et les heures, d’une manière générale je ne suis pas à la minute près.

Parfois je me dis qu’une montre avec un cadran lunaire me serait suffisant, en considération de ma notion du temps qui passe…